22.12.12

L'honneur doit avoir des règles nouvelles





"Oui nous nous battrons encore et toujours sur tous les terrains, j'ai pensé qu'après guerre le terrain de l'honneur devrait avoir des règles nouvelles, claires, à la portée de tous. Dans mon esprit ce code doit être aussi celui du bon sens (...) J'ai le profond respect des Codes du Duel suivis jusqu'ici. Mais après cette guerre, où la race française a perpétué dans l'Histoire son inépuisable vaillance et énergie, le Duel ne peut plus exister dans les conditions et sur les bases d'autrefois." -Georges Breittmayer-

20.10.12

Serions-nous des Waldgänger ?



" Nous appelons ainsi celui qui, isolé et privé de sa patrie par la marche de l’univers, se voit enfin livré au néant. Tel pourrait être le destin d’un grand nombre d’hommes, et même de tous - il faut donc qu’un caractère s’y ajoute. C’est que le Rebelle est résolu à la résistance et forme le dessein d’engager la lutte, fût-elle sans espoir. Est Rebelle, par conséquent, quiconque est mis par la loi de sa nature en rapport avec la liberté, relation qui l’entraîne dans le temps à une révolte contre l’automatisme et à un refus d’en admettre la conséquence éthique, le fatalisme. A le prendre ainsi, nous serons aussitôt frappés par la place que tient le recours aux forêts, et dans la pensée, et dans la réalité de nos ans". 
Le recours aux forêts - Ernst Jünger

18.9.12

Livre : Le jour du sang



Vient de paraître en français l'ouvrage consacré à BLOOD AXIS de Max Ribaric du fanzine italien Occidental Congress.
Il retrace la vie et l'oeuvre de Michael Moynihan, performeur indus en Europe avant de devenir un pionnier du neofolk aux Etats-Unis dans les années 90, puis analiste des sous-cultures extrêmes tel que le black-metal néopaïen auxquels il consacre articles et ouvrages.

Cette lecture délivre certainement des clefs de compréhension d'un groupe mythique ainsi qu'un sens à son retour et à ses récentes parutions.
Comme pour toute dissection artistique nous préconisons néanmoins aux futurs lecteurs de ne pas changer leur perception des albums qu'ils connaissent afin que la "magie" reste intacte.

Naturellement édité chez Camion Noir.

Exigez-le dans votre librairie ! Le prix est tout de même de 34 EUROS.

9.9.12

Exigence & Violence




"Le vrai sens de l’honneur, c’est le refus de pactiser avec ce qui est laid, bas, vulgaire, intéressé, non gratuit ; un refus de s’incliner devant la force parce qu’elle est la force ; devant la paix parce qu’elle est la paix, devant le bonheur parce qu’il est le bonheur. L’honneur implique, chez celui qui le porte en soi, un sens hautain et résolu du risque, du jeu où l’on risque de perdre sa vie ou de gagner l’estime de ses pairs, un sens du tragique de la destinée et aussi de la dignité du malheur."

- Lucien Febvre, 1946 -

7.4.12


* The more I make war, the more I want to make love,
& The more I make love, the more I want to make war.

4.12.11

2.11.11

La conjuration des anarcho-dandys ...



" Le CHAPISME, bien qu’il ne touche à l’heure actuelle qu’une frange de la population, se développe avec régularité. Nous sommes peut-être peu nombreux, mais nos forces sont colossales. Dans tout le pays, des cellules ANARCHO-DANDYS se forment peu à peu. Des collectifs d’hommes en costume, gants de chevreau irréprochables, gilet en moleskine et plis du pantalon impeccables, se rassemblent dans des tavernes mal éclairées pour évoquer l’avenir.

Ils croient en un avenir où le Chapisme finira par détruire la tyrannie de la vulgocratie et installer un dandy au teint pâle à la place qui lui revient en tant qu’icône de son époque. Ils croient en un avenir où le Chapisme, en contrôlant les moyens de production et d’éducation, ainsi que les liens familiaux, créera une société où domineront la poésie, la belle pensée et les boutons de manchette rutilants. Un monde où les jeunes n’auront pas à s’inquiéter de leur livret A, comptes exonérés et autres PEL, mais pourront se concentrer exclusivement sur leurs PTT (Plans Personnels de Toilette).

Nous vous exhortons à appliquer en toutes circonstances les techniques que nous avons suggérées dans ce modeste ouvrage, afin de mettre la vulgocratie à genoux et repousser au nom du Chapisme toute forme de vilenie et d’incorrection. Le moindre geste porté à la face de la néo-vulgarité peut servir la Révolution par le Tweed.

Marchez avec nous le long des boulevards arborés de notre quête pour un monde meilleur, en vous arrêtant occasionnellement pour ajuster la fleur de votre boutonnière ou respirer le parfum enivrant des lys qui, un jour, orneront les trottoirs de chaque rue de chaque ville de chaque pays. Camarades et amis, nous vous exhortons à devenir vous-mêmes ces lys. "

Gustave Temple & Vic Darkwood

13.6.11

Jeunesse Oblige : Quand la jeunesse se refroidit le reste du monde claque des dents



Nous transmettons ce message adressé au LVTETIA DC :


" Dandys de la capitale,
Vos mirettes averties ont peut être aperçues au détour d'une impasse, coincées entre stickers de l'UNEF et affiches de l'internationale ouvrière, l'une de ces réclames pour une gazette estudiantine en devenir, Jeunesse Oblige.Enfantée à l'épicentre du Vème arrondissement de Paris, dans les coulisses d'un Panthéon qui nous tourne le dos, quelques ahuris de mon espèce s'en donnent par la plume à coeur joie.

Brûlant d'envie de vous transmettre un ou deux exemplaires pédéeffe de notre feuille de chou prétentieusement littéraire, il vous faut nous transmettre au plus vite une adresse courriel!Quoi qu'il en soit voici la notre, lerestedumondeclaquedesdents@gmail.com


Au plaisir d'entendre prochainement parler de vous, les culottes courtes de l'Estrapade restent à votre entière disposition et vous saluent bien bas.

Réservé aux insensés,


Josef et la rédaction du Jeunesse Oblige"

25.5.11

"Je vais manquer l'ouverture du Götterdämmerung..."



« Sur le bord de la route, un motocycliste me fait des signaux de détresse. Casqué de cuir, il ressemble à un soldat romain égaré dans le pays de Germanicus et qui aurait perdu sa légion. – Panne d’essence, me dit-il. – Pourriez-vous me prêter un bidon ? Sinon je vais manquer l’ouverture du Götterdämmerung, ajoute d’une voix angoissée ce motocycliste mélomane.

Il est si sale, si fatigué, si poli, son "outil" est si vieux, si réparé, que je m’attendris et que j’ouvre mon réservoir. Qui dira encore que les musiciens ne s’aiment pas ? Je me dois d’aider l’Allemagne, sinon par des crédits, du moins par du carburant… Mais voilà que l’homme ôte son casque, essuie sa figure ! Je reconnais le prince W.
Il y a quinze ans, W. était le diplomate le plus élégant de Londres. Conseiller de l’ambassade de Russie, uniforme de la noblesse, toque de zibeline, croix de Saint-André avec brillants, loge à Covent Garden, etc. Aujourd’hui, le prince W. est pauvre, ruiné, exproprié, mais il est resté amateur de Wagner ; l’été, il voyage à pied, ou bien, quand il a gagné quelque argent dans les fermes, il s’achète une bicyclette ou une vieille moto. »

Paul Morand, 1931, Retour à Richard Wagner ?

6.5.11

Bafwakwandji



« Bafwakwandji. C’est un nom que je ne prononce jamais sans un pincement au cœur. Le Congo, pour moi, cela n’a pas été une idée, mais un domaine. Mon domaine.

La plantation (...) m’avait été cédée par un ancien colon, dégoûté de n’avoir pu y réaliser tous ses rêves. Il y avait beaucoup de travail à Bafwakwandji. C’est ce qui me plaisait.

Ma plantation était située au kilomètre 212, sur l’axe routier de Stanleyville à Bafwasendé. En plein cœur de cette Province-Orientale qui allait devenir une des plus sanglantes du Congo de la rébellion.

Quand j’y suis arrivé, c’était un paradis. Cadre splendide et climat salubre, tout annonçait un avenir plein de promesses.

J’appréciais que mon domaine soit situé à l’écart de la grande route. J’avais mon allée d’accès particulière : douze kilomètres pour moi tout seul… La forêt formait une voûte ininterrompue au-dessus de cette allée et il fallait franchir onze ponts pour parvenir chez moi.

La propriété se trouvait sur un vaste plateau, découpé dans une immense végétation sauvage ; Au milieu de la forêt vierge, Bafwakwandji apparaissait comme un îlot de culture et de paix ; 220 hectares de café, 120 hectares de caoutchouc, 120 hectares de cacao, 900 hectares pour les palmiers, mon domaine semblait vaste comme une province.

Au centre de la propriété, un ensemble de bâtiments réunissait hangars et résidences. Deux maisons merveilleuses se dressaient au milieu de vastes pelouses impeccablement tondues. Des fleurs tropicales et des arbres fruitiers mettaient partout des notes de couleurs vives.

Station d’agriculture et d’élevage, mon domaine comportait l’indispensable atelier de réparation. Souverain absolu de ce royaume, je devais mettre la main à la pâte et il m’arrivait bien souvent de faire le mécanicien. Couvert de cambouis, j’étais alors plus noir que tous mes Noirs. Et ils riaient aux éclats. En parlant avec eux, j’avais appris leurs langues – il en existe au moins deux : le swahili, qui est de lointaine origine arabe et sert de langue passe-partout au Congo ; le lingala qui est une langue synthétique et artificielle ; composée en Belgique, elle ne comprend guère plus de cinq cents mots.

A vingt-sept ans, je possédais près de 1500 hectares et je commandais à plus de mille ouvriers. Pourquoi cacher que j’étais heureux ? Profondément. J’étais vraiment un Africain. La race indigène était celle des Babalis, connus autrefois comme les fameux « hommes-léopards ». Ils m’avaient adopté et me répétaient souvent : – Toi aussi, tu es un léopard ! »

Jean Schramme , 1969 – Le bataillon Léopard

12.3.11

Faire de l'escrime au petit matin



"Ce fut à cette époque que Werner, mon frère cadet, et Hans connurent un nouvel enthousiasme qui marqua leur vie. Ils entrèrent dans un petit groupe d’amis, la « Jugendschaft ». De tels cercles existaient dans différentes villes d’Allemagne et particulièrement là où se manifestait encore une vie culturelle. Ces associations étaient tout ce qui subsistait de la « Jeunesse Confédérée », mouvement dispersé et d’ailleurs interdit depuis longtemps par la Gestapo.

Les jeunes, qui avaient imprimé à ces groupements leur aspect original, étaient reconnaissables à la façon dont ils s’habillaient, à leurs chants, et presque à leur manière de parler. Je ne sais pas si on peut vraiment décrire une pareille chose. Il faut l’avoir vécue. L’existence pour ces jeunes gens était une longue et superbe aventure, une expédition dans un univers inconnu et séduisant. Le groupe partait souvent en week-ends et les garçons étaient habitués, même par un froid très vif, à dormir dans des tentes copiées sur celles des Lapons du grand Nord.

Assis autour du feu, ils lisaient à haute voix, ou chantaient, s’accompagnant à la guitare, au banjo ou à la balalaïka. Ils collectionnaient les chants de tous les peuples, et écrivaient eux-mêmes la musique et les paroles de leurs hymnes solennels ou de chansons gaies. Ils faisaient de la peinture, de la photographie, rédigeaient des poèmes et composaient de tous leurs souvenir de splendides livres de voyage et des revues. En hiver, ils grimpaient sur les sommets perdus, dévalaient les pentes en ski, au risque de se rompre les os ; ils aimaient, au petit matin, faire de l’escrime ; ils emportaient toujours des livres avec eux, des ouvrages importants où ils découvraient une nouvelle expérience intérieure et par lesquels peut-être ils apprenaient à se connaître eux-mêmes. Sérieux et réservés, ils avaient une tournure d’esprit originale, la raillerie facile et une bonne dose d’humour.

Farouchement libres, ils chassaient dans les bois ; ils se jetaient, dès l’aurore, dans l’eau glacée des rivières, observaient pendant des heures, étendus à plat ventre, les bêtes sauvages et les oiseaux. Ils allaient ensemble au concert, au cinéma ou au théâtre ; ils visitaient, en marchant sur la pointe des pieds, les trésors des musées. La cathédrale n’avait plus de secret pour eux. Ils avaient escaladé ses tours avec audace de casse-cou. Ils aimaient les cheveux bleus de Franz Marc, les champs de blé et les soleils irradiés de Van Gogh, l’univers exotique de Gauguin. Mais tout cela n’indique en fait rien de précis. Peut-être aussi ne faut-il pas trop chercher à expliquer la nature de leur enthousiasme ; ils étaient eux-mêmes si discrets. Ils pénétraient dans l’âge adulte, dans la vie, avec une tranquillité sereine.

Un de leurs chants préférés était :


Ferme l’œil un moment, ferme l’oreille
au vacarme du temps.
Tu ne guéris ce mal ni ne te sauves
si ton cœur tout entier ne se donne.

A toi de préserver, d’espérer, de voir
dans le jour l’éternité.
Tu es déjà dans le destin du monde
si prisonnier et si libre.

L’heure vient où l’on t’appelle.
Sois prêt alors absolument,
et dans le feu qui palpite,
lance-toi comme une dernière bûche."




Inge Scholl – La Rose Blanche

9.2.11

Stripped

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VIENS AVEC MOI PARMI LES ARBRES
NOUS NOUS COUCHERONS DANS L' HERBE
NOUS LAISSERONS LES HEURES PASSER

PREND MA MAIN, REVIENS A LA TERRE
PARTONS ENSEMBLE POUR CETTE JOURNEE
LAISSE-MOI TE VOIR DENUDEE

METROPOLIS N' A RIEN DE TOUT ÇA
TU SOUFFLES DE LA BUEE
JE GOUTE TES BAISERS

PREND MA MAIN, REVIENS A LA TERRE
OU TOUT EST A NOUS POUR QUELQUES HEURES
LAISSE-MOI TE VOIR DENUDEE

LAISSE-MOI T' ENTENDRE PRENDRE DES DECISIONS
SANS TA TELEVISION
LAISSE-MOI T' ENTENDRE PARLER JUSTE POUR MOI

LAISSE-MOI T' ENTENDRE PRENDRE DES DECISIONS
SANS TA TELEVISION
LAISSE-MOI T' ENTENDRE PLEURER JUSTE POUR MOI

LAISSE-MOI TE VOIR DENUDEE

Martin Gore - Stripped - 1986

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25.9.10

Le style c'est l'homme

IL FUT UN TEMPS OÙ PARIS DONNAIT LE TON. Cette mode était une grande chose. Puis les modes se sont succédé(es) de plus en plus rapidement, devenant souvent de plus en plus absurdes. Et finalement, la mode a été qu’il n’y eut plus de mode du tout. On a commencé à s’habiller n’importe comment (c’était plus pratique), en même temps qu’on s’habituait à dire n’importe quoi et à penser avec n’importe qui. Les fabricants de jeans ont réussi là où d’autres occupants avaient échoué : à mettre tout le monde en uniforme. Que ce soit à la radio, à la télévision ou ailleurs, LA VULGARITÉ SEMBLE ÊTRE REDEVENUE LA RÈGLE.C’est le règne du « treizième César », ce despote dont l’un des traits, disait Montherlant, est « la volonté de dégradation systématique des caractères et le détraquage systématique des esprits ». « La domination mondiale de l’imposture, et la facilité avec laquelle elle s’est imposée, grâce au snobisme né de l’abaissement de l’intelligence, écrivait-il encore, sont des nouveautés aussi importantes dans l’histoire de l’humanité que les inventions atomiques. » Déjà avant la guerre, Montherlant s’en prenait à la « morale de midinettes ». Mais c’était encore une morale — et il n’y a plus de midinettes. On en est à l’apologie des larves.Qu’on ne vienne surtout pas parler de manières de classe ou de mœurs de salon ! C’est dans les salons, précisément, qu’on se met en dégueulasse. Ce n’est jamais le « peuple » qui a donné l’exemple du laisser-aller, mais la plèbe dorée des petits marquis pour qui le « populaire » est un alibi commode pour se laisser glisser sur la planche bien savonnée de leurs instincts. D’ailleurs, une classe, cela se dépasse de deux façons : par le haut ou par le bas. Par l’aristocratisme ou par la chienlit. N’oublions pas Flaubert : « J’APPELLE BOURGEOIS QUICONQUE PENSE BASSEMENT. » Voilà les barrières de classes enfoncées !Le laisser-aller, qu’il soit vestimentaire ou intellectuel, n’est à la vérité qu’une des formes de la régression. Se laisser aller, sous prétexte que c’est plus « simple » ou plus « pratique », c’est perdre toute forme. Or, le but de la vie, c’est de se donner une forme — et subsidiairement d’en donner une au monde. La distinction, elle aussi, vise à donner une forme. C’est une catégorie de l’être, plus encore que du paraître. Qui nous donnerait une forme si nous ne nous en donnions une nous- mêmes ?On parle beaucoup des droits de l’homme ces temps-ci. On parle moins de ses devoirs. Cela a choqué Soljénitsyne, comme en témoigne son célèbre discours de Harvard. LA VERITÉ EST QU' ON A DES DROITS EN PROPORTION QU'ON A DES DEVOIRS. Ni plus ni moins. Et parmi les devoirs de l’homme, il y a celui d’en être un, c’est-à-dire de ne pas déchoir, de ne pas tomber en dessous de sa condition.L’homme est né d’un singe redressé. Il ne lui vaut rien de se remettre à quatre pattes. Il gagne par contre beaucoup à se dresser encore. On a peut-être le droit de refuser les contraintes qui proviennent des autres. Mais à la condition d’être capable de s’en imposer à soi-même.L’illusion commune que sécrètent les sociétés modernes, c’est qu’au fur et à mesure que la vie devient plus « facile », l’effort devient inutile. C’est en réalité l’inverse. L’effort change seulement d’objet. Plus il y a d’éléments sur lesquels nous pouvons agir, plus il nous faut d’énergie pour les mettre en forme. La volonté, non l’espérance, est une vertu théologale. C’est aussi l’une des formes de la possession de soi — laquelle en italien se dit maestria.LE STYLE C'EST L' HOMME : vieille formule. Iversen, le héros de La Ville, roman d’ Ernst von Salomon, déclare : « Peu importe ce qu’on pense ; ce qui compte, c’est la façon de penser ». Propos à peine paradoxal, mais qu’une certaine classe d’hommes (une classe qui n’a rien à voir avec la lutte des classes) aura toujours du mal à comprendre. L’engagement et la manière de s’engager, la lettre et l’esprit, le physique et le moral : c’est tout un. Aucun « préjugé » là-dedans : ON EST AUSSI CE QU'ON PARAIT ÊTRE.Il y avait une chanson de Jacques Brel (« Voilà que l’on se couche, de l’envie qui s’arrête de prolonger le jour… ») dont le refrain était : « Serait-il impossible de vivre debout ? ». Le poète Brel serait-il disparu au moment où de tels mots ne pouvaient plus se chanter ? On se le demande. Les gens qui ne se respectent pas triomphent trop souvent des autres. Quelques années avant de se donner la mort, Montherlant écrivait du préfet Spendius, héros d’un roman que nous ne connaîtrons jamais : « Spendius feint de se tuer parce qu’il est atteint d’un mal inguérissable, et il se tue parce que c’est sa patrie qui est inguérissable ».
Alain de Benoist

29.7.10

La parole donnée



Nous devions attaquer la bourgade de Prez, à quelques kilomètres au sud. UN INCIDENT allait en décider autrement. Le chef d’une batterie d’artillerie lourde, très soucieux de son confort, avait emporté en campagne son automobile personnelle, équipée – fait rare à l’époque – d’un autoradio. L’après-midi était bien entamé lorsqu’il vint me rapporter ce qu’il venait d’entendre. Les actualités françaises avaient annoncé que le maréchal Pétain s’apprêtait à demander à l’Allemagne une armistice. Je m’en ouvris à Rudolf von Gersdorff, chef de section opérations de l’état-major de la division. LA NOUVELLE N'ETAIT PAS OFFICIELLE : il n’y avait ni cessez-le-feu confirmé ni ordre formel en ce sens. Mais nous considérâmes que l’information était décisive et justifiait que nous modifiions notre conduite. Il nous apparaissait clairement qu’il était inutile, et même criminel, de VERSER DU SANG à ce stade des hostilités. Nous prîmes donc l’initiative – certes incongrue de la part d’officiers d’une armée victorieuse – de nouer contact avec l’adversaire.

Nous nous fîmes expliquer par un colonel français prisonnier à quels endroits la route était minée. Après avoir confectionné UN DRAPEAU BLANC fixé sur un manche à balai, nous réquisitionnâmes un clairon et une voiture ! Dans ce noble équipage, Gersdorff et moi approchâmes des positions françaises. Une sentinelle vint nous interroger sur l’objet de notre démarche. On alla chercher l’officier qui commandait le bataillon français. C'ETAIT UN SIMPLE LIEUTENANT : comme moi, il devait assurer l’intérim du chef du bataillon, parti la veille chercher ses instructions. Le lieutenant français, après nous avoir fait bander les yeux, nous emmena au PC opérations du bataillon. Il était 17 heures. Le Français ne savait rien de la demande de cessez-le-feu et affirma avoir instruction de tenir sa position jusqu’à 19 heures précises. Il se retirerait ensuite. EN GENTLEMEN, nous convînmes donc que les Allemands se mettraient en mouvement après 19 heures, et n’occuperaient le village que lorsque les derniers Français en seraient sortis.

Satisfaits de cet arrangement, nous rentrâmes à Aillianville. Gersdorff me demanda de veiller à l’exécution des termes de l’accord et s’en retourna à l’état-major de la division, qu’il avait quitté depuis plusieurs heures déjà et qu’il devait maintenant impérativement rejoindre.

Quelques instants plus tard, je fus accosté par le lieutenant-colonel Doege, dont le régiment d’infanterie faisait mouvement vers le sud. Le commandant du régiment fit froidement part de son intention d’attaquer Prez. « Impossible, mon colonel, répondis-je. NOUS AVONS UN ACCORD AVEC LES FRANCAIS. Ils ont demandé un cessez-le-feu. »

Et j’expliquai toute l’affaire. Le lieutenant-colonel ne voulu rien entendre, soit qu’il voulût se distinguer par un nouveau fait d’armes, soit qu’il n’eût guère confiance en mes affirmations. C’était à son avis une histoire à dormir debout. « Désolé de vous déplaire, mais je vais donner l’ordre d’attaquer ».

Voyant que le colonel était résolu, que sa sottise allait probablement coûter la vie à des dizaines d’hommes des deux camps, je décidai de jouer mon va-tout. Aussi calmement que possible, conscient des conséquences disciplinaires que pouvait entrainer mon geste, JE DEGAINAIS MON PISTOLET et ajustais le colonel. « C’est moi qui serais désolé de devoir vous abattre si vous donnez cet ordre, dis-je très posément ».

(17 juin 1942)
Philipp Freiherr von Boeselager – Nous voulions tuer Hitler

2.4.10

Le permissionnaire



« Par un soir de l’hiver de 1917, un train débarquait dans la gare de l’Est une troupe nombreuse de permissionnaires. Il y avait là, mêlés à des gens de l’arrière, beaucoup d’hommes du front, soldats et officiers, reconnaissables à leur figure tannée, leur capote fatiguée.
L’invraisemblance qui se prolongeait depuis si longtemps, à cent kilomètres de Paris, mourait là sur le quai. Le visage de ce jeune sous-officier changeait de seconde en seconde, tandis qu’il passait le guichet, remettait sa permission dans sa poche et descendait les marches extérieures. Ses yeux furent brusquement remplis de lumières, de taxis, de femmes.

« Le pays des femmes », murmura-t-il. Il ne s’attarda pas à cette remarque ; un mot, une pensée ne pouvaient être qu’un retard sur la sensation.
Les fantassins et les artilleurs, déjà domestiqués, s’engouffraient avec leurs parents dans la bouche du métro. Lui était seul et prit un taxi.
Où aller ? Il était seul, il était libre, il pouvait aller partout. Il ne pouvait aller nulle part, il n’avait pas d’argent. […] Seulement sa solde. Bah ! c’était au moins une soirée. Demain il verrait. Il avait des idées, et surtout une confiance passionnée : rien ne résisterait à la violence de son appétit. […]

Ce qui le préoccupait, c’était sa tenue. Très joli d’être un vrai fantassin, avec des brisques et une croix et de porter la fourragère d’un célèbre régiment de choc, mais encore faut-il montrer qu’on n’est pas un péquenot. Dans le train, il avait pensé à tout, à tout ce qui lui permettrait sa pénurie. Le taxi le déposa rue de la Paix ; il était tard et il entra de force chez Charvet, alors que le rideau de fer descendait.
J’ai besoin d’une chemise… »

Pierre Drieu la Rochelle - Gilles

19.9.09

L'extrême vieillesse et la prime jeunesse


"Le prince nous paraissait distrait et lointain, mais de tout autre manière. A peine devait-il avoir passé la vingtième année, mais la sévère et douloureuse expression qui nous frappa en lui formait un étrange contraste avec son âge. Bien qu'il fût d'une taille élevée, il se tenait profondément courbé, comme si sa haute stature eût été pour lui une gêne. A peine semblait-il entendre notre délibération. J'avais l'impression qu'en lui s'unissaient l'extrême vieillesse et la prime jeunesse - la vieillesse de la race et la jeunesse de la personne. La décadence était ainsi profondément empreinte dans tout son être. On remarquait en lui le trait de la grandeur héréditaire, et ce trait contraire aussi que la terre imprime sur tout héritage - car l'héritage est la richesse des morts.
Je n'étais pas surpris que dans cette dernière phase de la lutte pour la Marina, la noblesse fît son apparition, car c'est dans les coeurs nobles que la souffrance du peuple trouve son écho le plus puissant. Quand le sentiment du droit et du bien s'évanouit, quand l'épouvante trouble les sens, alors les forces de l'homme de la rue sont bientôt taries. Mais chez la vieille aristocratie le sens de ce qui est vrai et légitime demeure vivant et c'est d'elle que sortent les nouveaux rejetons de l'esprit d'équité. Il n'est pas d'autre raison à la prééminence accordée chez tous les peuples au sang noble.
Mais j'avais cru qu'un jour surgiraient, sortis des châteaux et des hautes demeures, des hommes armés qui seraient les chefs chevaleresques dans la lutte pour la liberté. Au lieu d'eux, je voyais ce vieillard prématuré, qui lui-même avait besoin d'un appui, et dont l'aspect m'éclairait pleinement sur le degré de décadence où nous étions déjà tombés. Et c'était cependant chose admirable, que ce rêveur plein de lassitude se sentît appelé à être un protecteur - ainsi voit-on les plus faibles et les plus purs assumer en ce monde les tâches d'airain."

Ernst Jünger - Sur les falaises de marbre

25.6.09

"En ce début d'automne..."



« En ce début d’automne, Tronck flânait comme tous les matins à travers les rues de la grande ville. C’était l’une de ces heures matinales, peu nombreuses dans une année, où une ombre de flétrissure nuance presque imperceptiblement la force glorieuse de l’été, un de ces matins où l’on décide que le soir même on troquera la gabardine de couleur unie contre les tons assourdis d’un manteau de demi-saison. Les arbres des allées et des pelouses se redressaient encore dans leur armure d’un vert métallique, c’était comme un dernier assaut de vert, auquel les averses de la veille avaient donné le poli et l’éclat de l’acier. Cependant dans la masse compacte des feuillages surgissaient déjà çà et là, une touche de jaune, un éclair de rouge, et parfois une feuille tachetée ou bordée de feu, lentement, se posait sur l’asphalte. Qu’elle ait été emportée par le souffle d’un tram, ou d’un coup d’aile par un oiseau, déjà l’on sentait la présence de la langueur qui en ces feuilles rêvait de la terre et s’y abîmait. La force qui avait élevé vers les cimes cette splendeur, fatiguée, se languissait d’achever son cycle. Les limites cloisonnant formes et couleurs tendaient à s’effacer. Une bruine légère troublait la pureté de l’air. Ce trouble n’était pas encore plus marqué qu’un nuage de lait dans un verre d’eau, et pourtant déjà dans son parfum nouveau s’annonçaient les brumes futures de l’automne. C’était l’un de ces tournants du temps, que les sens perçoivent à peine, mais qui libèrent dans les profondeurs de l’âme des sentiments mystérieux de joie ou de désolation.

Habitué à déceler toutes les subtilités d’une atmosphère, Tronck ressentait ces imperfections comme la première ride au coin de l’œil, ou le premier cheveu blanc d’une belle femme : il y voyait une invite à aimer encore, à embrasser encore, avant que le soir soit venu. Il était comme un soldat avant la bataille, lorsque les feux de camp crépitent dans le crépuscule, attaché à la vie, à la fois plein de force et de mélancolie.

De l’extérieur il paraissait tout indifférence et netteté, un homme d’une trentaine d’années, pour qui l’élégance était un devoir. Bien qu’il fût vêtu sans ostentation, il attirait les regards de la foule qui à cette époque donnait à la rue sa physionomie. Flâneurs, retraités et modestes rentiers passaient lentement, parfois aussi une bonne en blouse rayée de bleu ou de rose et répandant de loin une puissant odeur de savon. Des employés de banque, une serviette noire sous le bras, paraissaient avoir tout leur temps et élevaient leur course jusqu’à la poste à la dignité de promenade matinale. Les représentants des fortunes déjà bien établies se hâtaient, traquant les affaires de bureau en bureau, portant sur le visage l’empreinte trépidante du calcul. Plus loin des petites filles en tablier noir se tenaient devant les magasins et jugeaient du dehors l’effet décoratif des vitrines. Sans leur attitude inimitable – la main gauche sur la hanche, la droite passant dans leur chevelure – on aurait presque pu croire en leur sérieux.

Ces gens effleuraient Tronck, qui s’en apercevait à peine, de leur regard furtif. Tous en retiraient la même impression, qu’ils traduisaient chacun dans un sentiment différent. Les employés de banque se contentaient d’admirer, ramenaient leur impression à une question d’habillement, et poursuivant leur chemin se perdaient dans les rêveries dorées d’un avenir capitaliste. Les bourgeois éprouvaient manifestement un malaise, vérifiaient leur pli de pantalon et rétablissaient par l’évocation intérieure de comptes en banque ou de valeurs boursières dûment acquis l’équilibre de leur amour-propre.

Pour qui savait regarder, il était évident que Tronck s’habillait plus pour lui-même que pour les autres. Ses vêtements ne frappaient ni par la forme, ni par la couleur. Dans son costume jouaient deux nuances d’un brun foncé qui se détachait nettement au col et aux manches sur le blanc de la chemise. Toutes les couleurs étaient ainsi disposées selon les gradations délicates et de discrets contrastes. Seule se remarquait la cravate, dont le nœud se balançait comme un papillon étincelant au-dessus de la pierre taillée fermant le plastron. Quant à la forme, s’exprimant à travers la coupe, les plis et les drapés, il était clair pour un initié que l’influence attentive d’un artiste avait ici soumis à un sens supérieur le savoir-faire du tailleur. Le caractère d’un individu s’exprimait dans les conventions de la mode. Même les chaussures révélaient un travail dont on ne voit plus guère l’exemple, depuis que le titre de fournisseur de la cour a été effacé sous les moqueries d’une foule sans éducation.

Un homme habitué à estimer les conventions extérieures pour ce qu’elles sont, à savoir une révélation de l’intérieur, aurait aperçu dans l’apparence de Tronck un étrange composé de contrainte et de liberté. Il y avait en lui quelque chose du prêtre ou de l’officier, une rigueur d’uniforme, mais que venait rompre et adoucir une certaine légèreté artiste. C’était là l’habillement d’un homme qui par nostalgie de la forme se soumettait aux règles et aux lois d’un milieu social, bien qu’il lui fût intellectuellement supérieur.

Cette supériorité se lisait aussi sur son visage, tout énergie et intelligence. C’était un visage fin, pâle, où frémissait la vie de la pensée. Cependant son propriétaire fendait la foule avec l’assurance innée du citadin, qui comme un somnambule évite tous les obstacles alors que son esprit est engagé sur bien d’autres voies. »

Sturm interrompit sa lecture et nota en marge de la feuille quelques idées qui apparemment lui étaient venues en lisant. Puis il demanda, tout en bourrant une pipe : « Que pensez-vous de ce début ? »

- Ernst Jünger, Lieutenant Sturm -

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