3.7.13

Interview de Frank (Just Frank)


Hartzine : A ce que j’ai compris, vous venez plus ou moins de la scène métal ?

Avant de former FJF je faisais partie d’un groupe de métal extrême qui s’appelait Gorgeous Infection. On s’inspirait de groupes européens de deathcore tels que Inside Conflict et Nostromo. Je côtoyais pas mal des gens de la scène extrême sur la Côte d’Azur, des groupes comme Imperial Sodomy, Artefact et Belëf. J’ai aussi assisté aux premiers concerts du groupe Svart Crown qui aujourd’hui sort son premier disque sur Listenable. Le milieu métal dans les alentours de Nice et de Cannes était très restreint mais assez agressif. Il y avait un label qui s’appelait Criminal Records et qui faisait venir chaque année des groupes de métal extrême dans le coin, et l’ambiance était très obscure et violente. J’étais aussi membre d’un projet black métal qui s’appelait Luci Tristis. Nous avons sorti une démo à 200 exemplaires qui est aujourd’hui sold out. Je suis assez fier d’admettre que Luci Tristis a bénéficié d’une certaine notoriété dans la scène mélancolique/dark métal en Europe.

KD ne faisait pas partie de groupes de métal, mais il composait pas mal de titres de black métal chez lui. Dans tous les cas, c’est lui qui m’a fait découvrir le métal en me passant une K7 de RATM quand j’avais 11 ans. Vers l’âge de 15 ans, c’est encore lui qui m’a fait tomber dans la musique extrême en me passant le Live Cannibalism de Cannibal Corpse. C’est un disque qui est d’ailleurs devenu assez populaire parmi les amateurs de rock dans notre lycée, haha.



Hartzine : La transition vers la touching pop que vous jouez actuellement a été progressive ?

Avant de parler de touching pop, je pense qu’il est important de préciser que nous avons d’abord découvert le post-punk et la new wave au lycée, pratiquement en même temps que nous sommes tombés dans le black métal justement. Personnellement j’ai commencé mon amour pour les sons synthétiques en découvrant Etienne Daho et Gary Numan. Par la suite, KD m’a introduit à Depeche Mode, The Cure et surtout The Smiths. Un soir, en écoutant Black Celebration dans la chambre de KD à Vence, nous avons décidé d’apprendre ce titre à la guitare et au synthé. Par la suite, nous avons naturellement essayé de composer quelques titres dans le même registre. Notre première compo était donc The Closet Song, et c’est ainsi que FJF est né.
Ce n’est seulement une fois que nous étions dans le processus d’enregistrer notre première compilation de démos (The Brutal Wave Demo) en 2007 que nous avons découvert la scène cold wave et touching pop française. A l’époque ça venait à peine de ressurgir grâce au travail acharné de labels tels que Infrastition et Wierd.

Je lisais une interview d’Automelodi qui disait que son approche de la musique n’avait rien de rétro. Il précisait qu’il fonctionnait de la même manière depuis pas mal d’années avec tous ses vieux synthés et ses boîtes à rythmes. C’est pour lui une démarche autant authentique que de jouer sa musique avec un Mac ou ce genre de dispositif.

C’est même une démarche bien plus authentique que d’utiliser un Mac. Perso, ça ne m’intéresse pas d’écouter des sons qui émanent d’un ordinateur. Avec un ordi on envoie des emails. Avec un synthé on ne peut que composer de la musique. Donc il est tout à fait logique que Xavier d’Automelodi utilise certaines machines spécifiques pour composer de la musique dite ‘synth’. Après on peut en effet lui associer un son rétro sur quelques titres s’il s’agrémente d’instruments qui ont vu le jour dans les années 80. Mais justement son intention n’est pas d’avoir un son rétro.
Il faut se rappeler qu’Automelodi émane d’une nouvelle scène ‘synth’ qui offre des sonorités qu’on ne retrouve pas forcément dans les années 70 ou 80.





Hartzine : Vous pensez partager des choses avec des groupes français actuels ?

Je suis très ami avec Dolina, In Broken English et Dernière Volonté à Paris. Sinon je ne connais pas d’autres groupes en France qui partagent vraiment le même style que FJF. Il y a quelques labels intéressants qui sortent des groupes originaux comme Seven Sons ou Plastic Spoons sur Paris. Mais j’avoue que la plupart des groupes français que j’écoute aujourd’hui n’existent plus. Que ce soit dans la scène post-punk ou métal.

Hartzine :  J’ai été frappé par le côté réducteur des références associées à votre groupe sur la blogosphère. Comment réagissez-vous quand on vous associe aux clichés des années 80 via des références qui ne volent pas haut ?

Ceci est tout à fait inévitable lorsqu’on on joue un style de musique qui s’inspire d’une autre époque : on va vous comparer aux noms les plus connus, parfois ringards de l’époque. En plus de cela, j’assume entièrement le fait que nous ayons d’abord été influencés par les plus gros noms de la new wave anglaise, et j’assume aussi entièrement le fait qu’on nous compare parfois à Indochine juste parce qu’on a des paroles en français. Ça vole peut-être pas haut mais les trois premiers albums d’Indochine restent des perles uniques de la synth pop européenne. Souvent on développe des préjugés sur un style de musique ou un groupe et c’est avec le temps que les gens comprennent qu’il y a quelque chose de plus profond derrière tout ça. Donc il se peut que bientôt les journalistes et les bloggeurs arrêtent de mentionner Clan of Xymox lorsqu’ils s’expriment sur les influences de FJF, pour privilégier des noms comme Asylum Party ou Absolute Body Control. Mais je t’informe tout de suite que ça me fait toujours chaud aux cœur lorsque les gens nous comparent à The Smiths.

Hartzine : J’aurais tendance à penser qu’à valeur égale, l’utilisation du français a tendance à discréditer les groupes pop l’utilisant. Ça n’a pas été un frein au moment d’enregistrer votre CD ?

Au contraire nous avons été encouragés à écrire aux moins trois titres en français. Le français dans les sonorités synth a toujours été une tendance et elle reprend beaucoup d’importance depuis ces derniers temps. A ce qu’il paraît, les paroles récurrentes en français dans nos textes - mais également chez Xeno&Oaklander (dont la chanteuse Liz a été élevée en Bretagne) et Automelodi (le projet de Xavier Paradis qui est québecois) – ont influencé toute une nouvelle génération de groupes new-yorkais à chanter en français. Il s’agit néanmoins d’une rumeur après tout donc je ne peux rien confirmer…
Je suis pas entièrement d’accord avec ta remarque. Le français a discrédité les groupes de pop parce que ça les empêchait de se propager sur le marché anglophone (et non anglo-saxon car les anglos-saxons n’existent plus) mais il n’y a jamais réellement eu de problèmes pour atteindre les charts en Russie, au Japon et dans d’autres endroits en Europe.

Hartzine : A ce sujet, avez-vous eu des retours sur le contenu de vos paroles voir de votre artwork ?

On nous a pas mal demandé de parler de notre artwork, mais pas tellement des paroles. Généralement c’est vraiment la musique même qui est au centre des discussions.

Hartzine : Personnellement, ça me rappelle l’esthétique de cette scène military pop, ces groupes comme Dernière Volonté ou les débuts de Death in June.

Je suis très flatté que tu nous compares à ces deux groupes car il s’avère que je suis un ami de Geoffroy D. de Dernière Volonté. Par ailleurs KD et moi sommes de grand fans de Death in June. Je comprends ta comparaison mais nous n’avions pas spécifiquement pensé à ces groupes en élaborant la pochette. En tout cas il me semble qu’il y a indéniablement un lien entre la scène synth et military pop/néo folk. Un de nos plus grands fans est Andreas Diesel, l’auteur de Looking for Europe. Chaque concert que je fais, ou chaque soirée synth où je me rends sur Paris, je retrouve toujours des t-shirts et des badges Death in June. Dasz de Dolina a même un poster de Douglas Pierce dans ses chiottes.



Hartzine : J’étais à votre récent concert au Point Ephémère. Les personnes avec qui j’ai pu discuter de votre prestation étaient interpellées par le décalage entre votre musique et votre attitude scénique, comme si jouer de la touching pop impliquait un certain maniérisme. Vous prenez en compte ce genre de remarques ?

Oui tout à fait, on nous a plusieurs fois fait la remarque. A ce qu’il paraît il est assez rare de voir des groupes de cold wave bouger comme nous sur scène, mais c’est marrant parce que KD et moi serions incapables de rester stoïques comme ça en live. Pieter, la personne qui gère le label Wierd, nous a toujours encouragés à être ‘heavy métal’ sur scène. Ca fait partie de l’univers ‘brutal wave’. On veut offrir quelque chose de frontal aux gens. Quelque chose d’un peu plus rentre dedans. A Lyon on a même réussi à faire pogoter le public !

Hartzine : Wierd Records semble être le centre névralgique de cette nouvelle vague cold pop. Vous les avez rencontré quand vous avez joué a NY ?

En fait c’est Wierd qui nous a fait jouer à NYC. Avant ça ils passaient notre démo chaque semaine à la Wierd Oarty au Home Sweet Home à Manhattan. Je suis heureux que tu constates que Wierd est un peu le fer de lance de cette nouvelle scène synth qui s’infecte un peu partout et qui attire beaucoup d’attention. Je suis très fier d’avoir signé chez eux, d’autant plus que ça m’a permis de découvrir toute cette vague de groupes new-yorkais qui maîtrisent le genre ‘cold pop’ de manière très distincte.

Hartzine : Comment les choses se passent pour eux ? De l’extérieur ça a un côté un peu moins communautaire qu’une structure comme Minimal Wave.

Pieter Schoolwerth, le gars qui gère Wierd tout seul, est vraiment débordé. Il est aussi peintre donc il partage sa vie entre sa peinture et son label mais je sais qu’il est en train de sentir que les choses décollent…Je ne sais pas si Minimal Wave est aussi communautaire que ça dans le sens où Veronica et Pieter sont amis et ont beaucoup collaboré ensemble.


Entrevue complète sur : www.hartzine.com
Page officielle du groupe :  frankjustfrank.tumblr.com

16.12.12

Entrevue avec Kentin Jivek // décembre 2012


Festival Darkland fire III - photo : Gilles Pereira 

LDC : Bonjour Kentin et bienvenue au LVTETIA, nous te remercions du moment que tu nous accordes. Peux-tu tout d'abord te présenter en quelques mots à nos lecteurs ?

J'ai comme nom Kentin Jivek, compositeur et écrivain musical dans un style folk ambient, expérimental; j'ai toujours utilisé divers outils et ressources pour exprimer à partir d'instruments acoustiques une sorte de vision parallèle et réaliste de ce qui nous entoure au fur et à mesure du temps. Cela se traduit par une importante productivité, et aussi, je l'avoue, une chance de pouvoir tourner dans divers pays afin de montrer au mieux un style de musique qui a su parler à une certaine audience.

LDC : Il est vrai que depuis ton premier album La Maigreur Élégante, on peut compter pas moins de 6 albums studio, auxquels il faut ajouter EPs, singles et lives, le tout en moins de 5 ans. Comment expliquer une telle productivité? Peux-tu nous parler de ton parcours musical et de ce qui t'a conduit sur le chemin de ce folk expérimental ?

A vrai dire je ne trouve pas ça exceptionnel, il est juste important pour moi de garder un processus de création régulier, et cela afin de toujours proposer une suite constante au projet. Une chose en amène toujours une autre, et si on ajoute à cela la production studio en tant que telle, je trouve assez fantastique de pouvoir évoluer depuis l'écriture jusqu'à l'enregistrement des chansons. Envisager les choses et les créations en fonction de ce que je vis et par conséquent ce que vivent aussi les autres, la société. Bien que je m'inspire de conceptions parfois touchant à l'histoire, la psychologie ou bien encore le folklore, tout cela permet de mettre en lumière des notions de vie, des sensations. Au départ, "La Maigreur Élégante"; la chanson et l'album résulte de bon nombre de concerts réalisés en Espagne et dans le Sud de la France, beaucoup de travail en somme, étant donné que j'avais besoin d'acquérir certaines capacités à palper la réalité en chanson. Un grand développement personnel aussi, on a souvent des choses au fond de soit et le processus de création est indispensable pour bien maîtriser tout cela et donner le meilleur de soit, c'est à dire ce à quoi l'on croit.

La majorité des maisons de disques, alternatives ou mainstream, encore aujourd'hui refusent pour quelques raisons à me produire, car selon eux il y a trop de choses. C'est ridicule. Et je n'en veux à personne au final, la différence c'est que la visibilité est constante pour Jivek et je compte beaucoup plus sur une ou deux personnes pour diffuser le tout, car je sais que ce type d'audience comprend ce que j'exprime.

La majorité n'a jamais été à l'origine de succès pour un artiste et beaucoup ont été reconnus après leur mort. Je suis assez terrifié de voir certains groupes agir comme des marketers et produire un album avec une équipe totale en l'exploitant une, voire deux années durant, c'est assez médiocre à mon sens aussi. L'art ce n'est pas faire le travail de gens qui sortent d'école de commerce et encore moins de créer un espace merchandising alors que tu n'as fais aucune date. J'aime produire des choses, avec différents formats, et travailler avec ceux que j’aime et qui eux, savent faire des choses que je ne connais pas. Gilles sait créer des visuels, des vidéos, des photos et un univers qui va bien au delà des merdes que l'on voit exposer dans les galeries aujourd'hui. Ces gens gâchent les espaces artistiques et vendent du minable, et l’auditoire n'a pas besoin de ça, il a besoin de jouir en écoutant, ou en regardant les choses. Et vraiment la scène alternative a beaucoup baissé en terme de qualité libre, j'entends par cela, une totale liberté dans les créations. C'est plat et aseptisé.

Jane's addiction, et Stars Of The Lid sont véritablement mes groupes phares, je les écoute tous les jours et ils apportent toujours l'essentiel. Ce qu'il faut garder en tête c'est que les personnes en charges de projets dans les galeries ou les structures de booking ne sont pas objectives, elles ne peuvent pas diffuser ou permettre un niveau convenable et novateur, ou bien ce qu'elles aiment, il y a toujours quelqu'un derrière pour dire " Hey tu vas choisir ça, un point c'est tout", C'est pareil pour les concours, comme le fair et d'autres. Bref pour rester sur l'essentiel, il existe des groupes fabuleux et encore des opportunités mais ça se réduit.
J'ai été amené à produire ce folk expérimental suite à des rencontres et la volonté d'épurer les chansons. Arrivé à l'essence même de la composition en utilisant d'autres instruments pour créer de véritables ambiances, qu'elles soient olfactives, visuelles.

LDC : Jane's addiction est un bon exemple de groupe underground qui a connu le succès, mais cela semble en effet de plus en plus difficile. Tony Wakeford dans une interview parle d'ailleurs de l'apparition d'une culture "à taille unique" syndrome d"une pensée unique et globalisée...

Jane's Addiction, le groupe a réellement su garder son côté scénique fort avec certaines chansons qu'ils jouaient dans les années 90, et elles n'ont pas pris une ride; pour le coup, on a un groupe qui a peu d'albums mais 90% est exploité avec brio. Eric Avery, je suis très très fan de son album "Helps Wanted" aussi, même Polar Bear avec des chansons comme "Water"; après les raisons pour lesquelles il n 'y a pas le bassiste d'origine n'est pas notre problème.
Tony pour moi avec ses albums "Into The Woods" et "Oddities" a cela aussi, des chansons pures et simples dans la conception, et ça c'est quasi inexistant aujourd'hui. Ce n'est pas dire que la production est mauvaise en 2012 and co, mais plus dire aux groupes "Faites des chansons qui vous plaisent" et ne regardez pas si cette maison de disque indé, ou un soit disant publique va se rapprocher de vous parce que ça lui conviendra - quel est le but ? se taper des fans ou s'acheter une résidence secondaire? - pour ça il y a des psy et puis jouer et en vivre c'est un peu comme aimer une femme, vous ne lui dites pas mais vous le faites sentir et celle-ci vous le rendra si vous donnez l'impression de vous en foutre (en restant respectueux), elle vous aimera à sont tour si vous aimez votre personne et que vous faites les choses parce que c'est naturel sans remettre en question ce que l'on est au fond, il ne faut pas s'adapter mais rester authentique, il faut juste savoir ce que l'ont veut.

Le gros problème aussi c'est l'exposition constante aux médias et aux faux prescripteurs qui vous saturent d'infos et du matin jusqu'au soir. Avoir l'esprit libre et léger est essentiel. Totalement d'accord avec Tony, certains n'ont pas compris, et c'est sans doute une question d'éducation, les gênes - je suis issue d'une famille moyenne classe ouvrière qui s'est faite toute seule, cet héritage je le vois réellement aujourd'hui, le laxisme. Perry Farrell disait aussi "pour évoluer, partez de chez vous, prenez des drogues et n'ayez pas de famille à part dans la rue" malheureusement c'est râpé pour la génération Y, la drogue est infâme aujourd'hui.

LDC : A travers tes albums se mêlent des influences culturelles multiples un peu comme chez Dead Can Dance. Crois-tu au mélange des cultures ou défends-tu leur préservation ?

Je me rattache au folklore et autres repères historiques étant donné qu'on en a très souvent oublié la réelle signification, la définition de termes simples. Je crois plus à la sauvegarde des notions qui ont toujours permis aux hommes de survivre individuellement. A la préhistoire, un homme succombait s'il ne faisait pas parti d'un clan, ça ne veut pas dire qu'il ne pouvait pas évoluer sans eux, c'est la vie. Bon nombre de choses ont toujours été identiques, et ce depuis des millénaires.


Festival Darkland fire III - photo : Odile Rosey

LDC : Peux-tu nous parler des tes différentes rencontres et collaborations avec d'autres artistes ?

J'ai croisé Tony Wakeford et sur le Ship of Fools dans un premier temps sur Londres, par la suite nous avons gardé contact et j'ouvert pour lui à Oslo. Pour Miro Snejdr, j'aimais ce qu'il faisait comme arrangements sur les chansons de Death in June, et donc nous avons échangé à ce niveau puis travaillé ensemble, nous apprécions le travail de l'un et de l'autre.
Nicolo Pelizzon qui vit en Italie est l'auteur du livre "The Anatomy Lessons", et il m'a demandé s'il pouvait utiliser deux chansons pour ce dernier, je lui ai dis qu'il serait très agréable de faire une chanson, un single et l'inspiration est venue naturellement.
Mirt, un musicien incroyable, avec qui j'ai joué à Poznan en Pologne, il ne travaille qu'en analogique qu'il crée lui même, nous avons produit deux chansons, et des vidéos du concert sont disponibles sur Youtube. A voir quel type de collaboration par la suite, ça arrive naturellement. Rien n'est vraiment décidé à l'avance.

LDC : Tu es monté sur scène à Paris il y a un mois avec Moon Cat et Duo Noir. Avec tous les concerts que tu as donné un peu partout en Europe (Allemagne, Norvège, Grèce, Portugal, Suisse, Roumanie, Pologne...) quelles comparaisons peux-tu faire avec la scène française ? Gardes-tu des souvenirs en particuliers ?

Je pense véritablement que la période d'il y a encore un an était très positive pour tout le monde, ça devient assez difficile de booker des choses. Dans tous ces pays, il y a eu du bon, tout le temps. Poznan et la Grèce étaient les plus réactifs. Le concert d'il y a un mois était vraiment le meilleur pour Paris, à tous les niveaux et très agréable pour tout le monde.
Une chose en amène toujours une autre et le festival en Estonie la semaine prochaine s'est présenté pendant que nous étions à Poznan à la Fabrika.
Malheureusement je regrette que certaines salles aient fermé entre temps ailleurs - l'Europe a du bon comme du très mauvais - je ne suis pas très partisan de ce système, mais il a en même temps permis des échanges entre nous tous, et ça c'est superbe.
La Scène française est très formatée, il manque de clubs underground ou même clandestins, cependant il y a récemment des endroits très sympas qui ont ouverts à Pigalle, je passe beaucoup de temps là bas. Après, nous avons toujours plus collaboré avec des groupes hors France, il y a un problème d'égaux un peu partout, mais je regrette que certains se plaignent de ne pas trouver d'endroits où jouer. Il suffit juste de prendre à l'avance un billet et de partir, après avoir discuté avec les personnes, c'est toujours une question de partage; il faut emprunter des chemins de traverses, et parler au moins deux langues est essentiel.
Nous organiserons d'autres choses ici avec MoonCcat, c'est quelqu'un d'admirable... Je sors peu dans les salles majeures, dernièrement je suis allé voir Eiffel et Peter Murphy, sinon Sunn O))) à la gaîté lyrique et Fire + Ice.



LDC : En effet beaucoup de tes textes sont en espagnol et en anglais. Umberto Eco, l'auteur du Nom de la Rose a dit: "la langue de l'Europe c'est la traduction". Si le système actuel laisse à désirer, toujours est-il que pour penser des textes dans ces autres langues il faut avoir une certaine conscience européenne non? Ou alors y as-tu seulement trouvé des portes à la créativité ?

Je ne suis pas un carnivore créatif, très jeune j'ai bougé dans différents pays et les choses sont venues naturellement, j'ai toujours eu à l'esprit que l'art que je faisais devait être nourri par ce qui m'entoure. Ma nature est celle d'un homme qui ne réfléchit pas et qui compose après avoir été séduit. Cela en évitant de faire comme la plus basse nature masculine, c'est à dire raconter des conneries - j'accuse les hommes de ne pas avoir suivis leur propre identité et de créer un chaos ridicule. Rien n'est jamais acquis même si on le pense, il faut continuer toujours - et ça c'est intemporel, si quelqu'un se repose après quelque chose de réalisé, il est mort spirituellement.

Je n'ai et je n'ai jamais eu le choix que de demander et je continuerai à le faire pour des choses à des personnes dont j'admire les écrits ou le travail. "Six Diamonds", le prochain album répond à beaucoup de questions comme celles-ci, c'est à dire "jeu et stratégie". La conscience européenne est de connaitre ou de se rappeler des valeurs, l'étique. On ne peut pas bâtir un nouvel empire sur des bases récentes qui ont oublié les valeurs dont chacun a besoin. Ce que je peux dire c'est qu'il ne faut pas "imaginer" en ce qui concerne les cultures en Europe. Il faut bouger et voir; pour ça il faut le vouloir. La fainéantise et la fabulation n'aident à rien. Il faut garder à l'esprit que nous avons beaucoup de chance dans cette partie du monde.

LDC : Sans gâcher la surprise, peux-tu nous en dire un peu plus sur "Six Diamond" ton prochain album ?

"Six Diamonds" est en phase pour contenir une grosse quinzaine de chansons, le nombre est important puisqu'il sera varié - "Third Eye" était plus brut, donc il était temps de revenir à quelque chose comme "Ode To Marmaele" en terme de productivité mais avec l'évolution voulue. L'utilisation artisanale des claviers est la direction première pour la composition; ce qui prend plus de temps que de réutiliser vulgairement des banques de sons déjà existantes. Ensuite le thème recoupe "la théorie des jeux" avec des notions provenant du New Age, le Channeling. L'objectif étant d'atteindre un état de plénitude; concevoir cet album est une véritable passion, encore plus qu'avant. Je vais enregistrer dans trois studios différents, et optimiser le tout avec plusieurs configurations analogiques, ceci afin d'obtenir des textures qu'il sera possible de réellement sentir à l'écoute, au casque. Je donne souvent des indications sur Twitter, et visuels divers sur le blog Tumblr. Trois chansons déjà finalisées à l'instant où je t'écrie, le reste est déjà en place mais je laisse venir les idées en cette période si intense et déroutante à la fois. Il doit coller à ce qui se passe. et ce qu'il en adviendra.

LDC : Nous arrivons à la fin de cette entrevue As-tu un mot à ajouter ou un message à adresser à ceux qui liraient ces lignes ?

En espérant vous croiser sur la route - Merci à toi pour cette interview -

19.3.11

Interview de Les Joyaux de la Princesse (1999)



L'interview qui suit provient du site HEIMDALLR - FOLK NOIR & WEIRD MUZIK, elle a été réalisée en 1999 pour le magazine RUNEN.



# Bien qu’étant un projet existant depuis des années, on ne sait pas tellement qui se cache derrière LJDLP, pouvez-vous nous donner des détails sur ce projet ?

LJDLP: " Les Joyaux De La Princesse " (LJDLP) a pour date de naissance le 12 Décembre 1986. Ce nom est tiré d’un article consacré à l’éducation de jeunes Samouraïs Japonais (dans les années 20). Une photo mettait en scène ces enfants âgés tout au plus d’une dizaine d’années et on pouvait lire en légende: " Les Joyaux De La Princesse... ". A cette époque, le nom était celui d’une émission radiophonique que j’animais et qui se consacrait exclusivement à la diffusion des musiques dites difficiles. J’en suis l’unique membre. Quelques années plus tard, l’émission changea de nom et devint Nocturne; le nom de LJDLP fut alors réservé exclusivement à mon " travail musical ".

# Il me semble que LJDLP sont plus connus en Allemagne, malgré un intérêt croissant en France, pourquoi n’y avoir pas fait plus d’interviews ou de promotions autour de LJDLP?

LJDLP: Les Allemands ont toujours été à l’affût des courants les plus extrêmes en musique. Ils ont été également parmi ceux en Europe qui ont rapidement cautionné à toutes sortes de musiques " difficiles " et en particulier les musiques " industrielles ". Quelques structures et associations se sont empressées d’organiser la diffusion et la distribution des musiques Industrielles. Le fait que LJDLP soit mieux connu en Allemagne s’explique ainsi.

Vous abordez également un point intéressant car j’ai toujours répondu aux entretiens qui m’étaient donnés.
Aux prémices de mes activités musicales, ce furent certaines personnes qui m’étaient très proches qui se sont chargées de réaliser les premiers entretiens. Nuit et Brouillard, les Amoureux du 24, et Oméga sont de ceux qui ont contribué à ma reconnaissance.
Le fait que certaines revues faisant une critique, parfois très élogieuse, de mes productions n’aient pas entamé d’entretien avec moi est probablement lié au fait que j’ai abordé dans mes productions et réalisations des thèmes qui n’étaient pas propices à la diffusion.

# Votre projet est devenu une référence pour beaucoup de formations de l’hexagone, et également dans d’autres pays d’Europe, que pensez-vous de ces projets (Dernière Volonté, Nocturne...) qui ont une approche similaire à la votre aussi bien au niveau musical que visuel ?

LJDLP: En ce qui concerne " Dernière Volonté " , désolé de ne pas partager entièrement votre avis, mais il me semble que ma démarche est très différente de la leur. Premièrement, ils semblent faire un curieux amalgame entre différents thèmes et certaines idées. Le mélange de documents sonores ayant trait à l’histoire de la France sous l’occupation avec ceux évoquant la sombre fin du mouvement de la " Rose Blanche " me paraît franchement inconcevable et inadmissible. Cette politique de tout mélanger est celle contre laquelle je lutte fermement.

Voici après un quart de siècle de musique " industrielle " ce qui reste du combat contre l’aliénation populaire et l’appauvrissement de la culture ! Le ramollissement culturel incité au quotidien, et agité par nos média, contamine certaines formations qui, à leur façon, cautionnent à la désinformation et au " métissage des cultures " par l’abord qu’ils font de sujets qui méritent une attention toute particulière, non une synthèse grossière.

Nocturne a été le nom donné à une émission que j’ai animée à une radio de Tours (de 1990 à 1995). Le fait que ce nom ait été utilisé par une personne (Saphi) que j’ai intronisée dans cette même radio me laisse pantois. Concernant le travail esthétique je n’ai pas de remarque particulière à formuler. Le travail musical mérite lui une attention toute singulière. A ce propos, est-ce un montage radiophonique tirée d’une émission radiophonique ou bien une réappropriation de l’adagio d’Albinoni ? Un travail doit être avant tout fondé sur une recherche et doit contribuer à une meilleure compréhension de certains évènements et non les brouiller.

# LJDLP a pour habitude l’édition de productions très limitées, et parfois également coûteuses à l’achat. Quel en est la raison ?

LJDLP: Cela va sans dire que plus le tirage est faible en nombre et plus il est coûteux. C’est un choix qui est propre à chacun. Je pense personnellement que peu de gens sont réellement intéressés par mes travaux, aussi je préfère d’emblée m’adresser aux plus motivés. Ce que je me plais à nommer " industrial-business " ne m’intéresse pas. J’élabore très souvent mes présentations et mes conditionnements, et cela me prend beaucoup de temps; un temps qu’il me serait d’ailleurs difficile d’accorder au-delà d’un demi-millier d’exemplaires.

Malheureusement, le prix final ne dépend guère de moi et il est plus souvent imposé par les labels eux-mêmes que par moi. D’autre part, le soin de créer une marque esthétique et une présentation personnelle accroit le coût de façon non négligeable.



# Certaines de vos premières productions épuisées, comme le vinyl 7" " L’Allemagne année zéro ", la compilation cassette " Zyklon B ", ou le coffret CD " Aux petits enfants de France " sont très recherchées, est-ce que l’on peut espérer un jour une réédition de ces travaux ?

LJDLP: Il n’y aura jamais de réédition des productions que vous citez.

# Dans quel contexte " Aux petits enfants de France " a-t-il été réalisé ?

LJDLP: Un certain nombre d’émissions furent réalisées sur ce sujet et beaucoup de documents sonores furent alors utilisés. Au départ, c’était pour mes émissions radiophoniques que j’utilisais la technique des collages faits à partir de documents sonores d’époque. Progressivement, j’en vins à utiliser mes propres créations musicales afin de pallier l’embarras que constituait la liaison de ces documents avec des musiques empruntées à des formations connues du milieu industriel. Nous étions alors en 1988, et " Aux petits enfants de France " clôt alors cette thématique radiophonique.

# Quelle est la signification que vous donnez à " Östenbräun " ?

LJDLP: L’histoire a lieu durant la seconde guerre mondiale et se situe quelque part sur un front particulièrement sanglant. " Östenbräun " est peut-être le début d’un sacrifice humain et la fin d’une utopie. Post-scriptum : l’idée du titre me vient à la lecture du livre de Christian de la Mazière " Le rêveur casqué ". L’auteur en d’autres termes précise ses motivations qui l’ont poussé à combattre dans la Waffen-SS : " Plutôt l’Est Brun que l’Ouest Rouge…"



# Vous semblez faire une interprétation tout à fait personnelle de " Die Weiße Rose ", qu’en est-il ?

LJDLP: Vous n’êtes pas sans savoir que le mouvement de résistance dont nous évoquons le souvenir se nomme " Weiße Rose " et non " Die Weiße Rose ". Cette nuance est importante pour moi car " Die Weiße Rose " est une interprétation musicale, personnelle et n’a pas pour vocation de retracer avec exactitude l’histoire de ce mouvement. Il existe un film allemand qui retrace d’une façon particulièrement romancée les derniers jours de ce mouvements, comme il existe un opéra s’intitulant " Rose Blanche " crée par Ugo Zimmermann, sur des textes de Wolfgang Willascher inspiré de l’histoire écrite par Inge Scholl et portant le même titre.
Il y a dans notre disque (LJDLP & Regard Extrême) autant de symboles que d’émotion pouvant nous renvoyer autant à la naissance de ce mouvement qu’à sa légitimité.

# Qu’est-ce qui vous a fasciné dans le mouvement " Weiße Rose " ?

LJDLP: Ils étaient jeunes, résolus et avaient cru à l’utopie. Ils ont cru en la Grande Allemagne mais n’ont jamais accepté qu’autant de sang puisse être versé. Ils en ont payé le prix de leur vie à leur Patrie qu’ils chérissaient eux aussi.

# Le CD " Die Weiße Rose " a t-il été réalisé en collaboration avec un membre de "The Moon Lay Hidden Beneath A Cloud" ?

LJDLP: Absolument pas ! " Die Weiße Rose " n’a jamais été une collaboration entre TMLHBAC et nous (LJDLP & Regard Extrême). Elisabeth a seulement prêté sa voix pour 3 textes imposés par LJDLP. Elle a du reste accepté de participer à ce projet à titre individuel, et sans en engager TMLHBAC. Sa participation n’est pas une collaboration. Elle ne peut en aucun cas s’approprier ce travail qui n’a pas été le sien. L’ensemble des compositions musicales a été réalisé par LJDLP & Regard Extrême. L’idée de ce projet remonte à Octobre 1995 et c’est précisément à cette époque que j’ai rencontré Elisabeth A. (lors d’un voyage à Vienne en Autriche), et que je lui ai soumis l’idée de travailler sur un travail musical consacré au mouvement " Weiße Rose ". Seul le pseudonyme d’Elisabeth ( "Alzbeth" ) devait être mentionné.

# Dès le début, votre projet a toujours été le fruit de collaborations, et après avoir composé des titres avec Douglas Pearce, Philippe Laurent, Freya Aswynn, à quelle prochaine collaboration doit-on s’attendre ?

LJDLP: Il a été en effet important pour moi de travailler avec des personnes que j’appréciais. La collaboration m’a permis d’enrichir mon propre travail. " Östenbraün " a été le début de cette entreprise. J’ai compris le véritable sens de Death In June en collaborant avec Douglas P. J’ai compris également que la collaboration musicale et esthétique entre différentes formations devait contribuer à structurer le Mouvement Industriel en lui donnant une dimension plus grande.

Pour revenir aux collaborations que vous citez, j’aimerais évoquer quelques points. Je n’ai d’intérêt pour les "runes" et le "mithraïsme" que dans la mesure où se sont des entités religieuses initiatiques qui modifient le rapport que nous avons avec l’au-delà. Il ne faut pas perdre de vue que mon apport a été exclusivement musical dans ces collaborations, étant donné que j’ai travaillé sur des thèmes que l’on m’a proposés et qui ont alors éveillé ma curiosité (propos au sujet de " Wolf Rune " avec Freya Aswynn et de " Lumière Bleue " avec Philippe Laurent).

"Die Weiße Rose" est une véritable collaboration entre Regard Extrême et LJDLP. Regard Extrême a contribué à la musicalité de ce travail (ce qui était différent jusqu’alors). Alzbeth a seulement prêté sa voix sur quelques titres et n’a absolument pas contribué au projet musical. Il était difficile d’envisager, il y a encore quelques semaines, une nouvelle collaboration (après l’affaire qui m’a opposée à Elisabeth de TMLHBAC).

Depuis, une rencontre intéressante a eu lieu pour moi, celle avec Michael Moynihan de Blood Axis. Nous avons décidé de réaliser un projet sur l’Absinthe à la fin de l’année 1999…



# Il parait évident que la principale inspiration pour vos compositions provient de votre intérêt envers l’histoire et plus particulièrement de la période 1930-1940, pouvez-vous nous confirmer ce fait ?

LJDLP: J’ai un certain intérêt pour les années 30 et 40 d’un point de vu historique et une certaine fascination pour le style " Années Trente ".

Mes compositions musicales en sont fortement imprégnées. Je me suis intéressé ces derniers temps aux Arts et Techniques et à l’utilisation qui en fut fait par les régimes totalitaires dans un but de propagande. Ainsi, le style de ces années dans les diverses disciplines artistiques : architecture, sculpture et graphisme a, il me semble, beaucoup contribué à la diffusion d’idées politiques plus sociales et modernes.

Mes compositions musicales, leurs supports ainsi que leurs présentations sont l’expression tardive d’une forme d’esthétisme qu’il convient en effet de lier à ces années. Cela est particulièrement vrai avec " Exposition internationale des Arts et Techniques - Paris 1937 ".

# Justement, pouvez-vous nous parler de cette dernière production? Est-ce que l’on peut s’attendre à un autre projet de ce genre, sur les Olympiades de 1936 par exemple ? Quels sont vos projets ?

LJDLP: Nourri d’éléments du style " 37 ", il convient de qualifier " Exposition internationale des Arts et des Techniques - Paris 1937 " de travail " mégalomaniaque ".

Mon travail a consisté à livrer un échantillonnage de sons et d’images pouvant évoquer l’incertitude, la tension politico-sociale et culturelle de l’époque, le triomphe de l’esthétique et le mariage de l’art abstrait et de l’architecture monumentale.

Pour dépasser le cadre de votre question, j’ajouterai n’avoir utilisé pour réaliser ce travail musical que des éléments musicaux de l’époque. Je ne passerais pas en revu la liste complète des sources et documents sonores utilisés pour satisfaire au travail accompli, mais quoiqu’il en soit chacun doit imaginer entendre, à l’écoute des deux disques du coffret " Exposition internationale des Arts et Techniques - Paris 1937 " , seulement le son de voix et d’instruments enregistrés durant l’Exposition 1937. Par exemple, le son d’orgue ou clavier utilisé sur certains titres provient d’ondes Martenot (NDLR : c’est un instrument musical électronique à clavier inventé en 1928 !), jouées en 1937 aux " Fêtes des Belles Eaux " (au bord de la Seine).

Si cette Exposition parut être un succès aux yeux des visiteurs, le point de vue des organisateurs fut tout autre. L’Exposition Internationale des Arts & Techniques a été un échec en raison de la faible fréquentation et des dépenses considérables qu’elle entraîna, tant et si bien qu’elle ne fût reconduite ni en 1938, ni en 1939 et pour cause, la guerre étant à deux pas !

J’ai entraîné dans mon obsession 60 personnes en ayant pour unique souhait d’offrir aux souscripteurs un travail unique (exemplaire différent de part sa composition), documenté par des restes du passé et pour commémorer le soixantième anniversaire de la dernière Exposition Internationale. Un 45 tours, récemment sorti : " Arts & Techniques dans la Vie Moderne " fait suite au coffret limité à 60 copies. Ce disque trois titres a été édité à 370 copies (en vinyl bleu numéroté de 1 à 60 offert aux souscripteurs, de 61 à 70 aux amis de LJDLP; les autres en vinyl blanc numéroté de 71 à 370 réservés à la vente). Il se pourrait d’autre part qu’un disque-image autour des Pavillons de l’Exposition termine cette thématique dans le courant de l’année.

"Olympiade 1936" est un sujet que je préférerai voir traité par les Allemands. Personnellement je n’ai pas encore d’idée sur ce que je vais entreprendre dans les mois futurs. Le projet " Absinthe " (ma fée verte; ma boisson culte; ma muse verte…) est le seul prévu pour le moment.

# Actuellement, il y a un intérêt grandissant envers les projets musicaux qui défendent un certain point de vue culturel pour l’Europe, beaucoup rejettent matérialisme et capitalisme (voir la religion également), quel est votre avis sur ce combat culturel ?

LJDLP: Personnellement je pense que notre société a deux pôles : un pôle en pleine régression (perte des identités et de la différenciation culturelle et ethnique, triomphe de la solitude...) et d’autre part, du fait de l’attrait des techniques nouvelles (communications virtuelles, multimédia...), un pôle en voie de mutation.

Ce paradoxe induit un véritable déséquilibre de nos institutions et de leur légitimité, de nos cultures et de nos religions. Ce désordre a pour effet d’entraîner une résistance parfois violente aux agressions de la vulgarité consommatrice : ethno-différenciation, anti-égalitarisme et intégrisme.

Sans un retour aux fondements premiers de notre société (lois marchandes, principe de souveraineté, respect des valeurs humaines...) et sans un principe d’autorité affirmé (justice véritable et non soumise à des pressions extérieures et subversives, respect du patrimoine culturel...), il paraît en effet très probable que notre société soit condamnée et que nos institutions, ainsi que nos cultures seront progressivement amenées à disparaître. S’il y a un combat à mener, je pense en effet qu’il est culturel (et non politique). Les formations " Nouvelles Musiques " doivent œuvrer dans cet esprit, cela me paraît capital.

# Quels sont les formations que vous appréciez en ce domaine ?

LJDLP: J’ai une profonde admiration pour les formations qui mènent un combat artistique et culturel (qu’elles puisent leur inspiration dans la religion ou l’Art indistinctement) . Je citerai notamment Camerata Mediolanense que j’affectionne particulièrement et ceci depuis leurs débuts. Leur musique est en symbiose parfaite avec leur environnement (artistique, culturel, idéologique...). La combinaison de percussions acoustiques, d’instruments à vent et de voix produit une harmonie musicale rare et donne un aspect superbe aux compositions.

Allerseelen mérite également une attention toute particulière. Ils sont de ceux qui ont donné une dimension " Alchimique " au mouvement. Leur " combat culturel " est très intéressant. Ain Soph, Blood Axis, Vivenza (continuateur du mouvement Bruitiste et Futuriste) sont les formations et groupes qu’il convient d’appeler comme essentielles. Certaines autres, moins connues et tout aussi dignes d’un intérêt manifeste, méritent d’être cautionnées : A.C.T.U.S, Der Blutharsch, Northgate, Predominance, Regard Extrême, Turbund Sturmwerk… Tous ont en commun le goût de l’esthétique et sont attachés au développement d’une certaine culture Européenne.



# Citez les auteurs et oeuvres qui vous ont marqués, ou que vous estimez essentiels dans tous les domaines artistiques.

LJDLP: Références musicales : La musique " Classique " et en particulier " Symphonique ". Mes compositeurs préférés sont : les symphonistes Anton Bruckner (à mon avis le plus talentueux des compositeurs), Gustav Mahler (pour ses mouvements " Adagio ") ; Richard Wagner et Richard Strauss dont j’apprécie énormément les ouvertures d’opéras et les " Lieder ". Sibelius, Prokofiev, Tchaikovsky et les autres contemporains moins connus comme Antheil, Enescu et Roussel... me semblent être incontournables également. J’apprécie dans un autre répertoire, en l’occurrence dans celui des variétés des années 30-40 : Zarah Leander, Pola Negri, Eva Busch, Lys Gauty, Léo Marjane, Berthe Sylva, etc... ; sans oublier ces Messieurs du music-hall : Charles Trénet, Maurice Chevalier, Georgius...

Note : Ces années sont marquées par la naissance de l’Art que l’on dira Monumental (voir Totalitaire), par un retour aux valeurs classiques, une remise en cause des acquis de l’avant-garde, l’utilisation de nouvelles matières et la réhabilitation d’anciennes comme le marbre. Cet " Ordre Monumental " s’affiche dans un climat politico-social chaotique lui-même caractérisé par l’effervescence d’une multitude de mouvements politiques (garant de cette instabilité politico-sociale). Ce contexte politico-social traversé par l’avènement de nouvelles formes d’Art et l’explosion des Techniques.

Je retiens en particulier : Les sculpteurs : Antoine Bourdelle, Robert Wlérick, Georg Kolbe et Scheibe, Georges Gori, Paul Landowski, et Jeanniot (pour les bas-reliefs du Palais de Tokyo, Paris 1937) .
Les architectes " Révolutionnaires " : Carlu, Azéma et Boileau (pour le Palais de Chaillot, Paris 1937 notamment), Auguste Perret, Paul Bonatz (Stadthalle de Hanovre), Emil Fahrenkamp (pré-Speerien !), Albert Speer, Paul Ludwig Troost, J.-A. Fomini, Marcello Piacentini et les constructivistes S. Guermanovitch et Yofan…

Livres cultes : " Voyage au bout de la nuit ", " Bagatelle pour un massacre " (L.F. Céline); " Mort en été " (Yukio Mischima); " Le Petit Crevé " (Pierre Chalmain).

Films cultes : "L’Inhumaine " de Marcel L’herbier , " dans ce kaléidoscope de lumières et de plans géométriques, on a au fond la confession secrète de son idéal en architecture " (écrira F. Borsi); " Allemagne année zéro ", " Rome ville ouverte " (R. Rosselini); " Le Tambour " (V. Schlöndorff); " Les 3 Lumières ", " Die Niebelungen ", " Metropolis ", " Docteur Mabuse " (F. Lang); " La Grève ", " Octobre " (S. Eisentein); " Le Septième Sceau " (I. Bergman); " Lumière Bleue " (L. Riefenstahl), etc... " Requiem pour un Massacre " et tout le cinéma français de Réné Chateau.



" JE SONGE A VOS MILLIERS DE CROIX DE BOIS, ALIGNEES TOUT LE LONG DES GRANDES ROUTES POUDREUSES, OÙ ELLES SEMBLENT GUETTER LA RELÈVE DES VIVANTS, QUI NE VIENDRA JAMAIS FAIRE LEVER LES MORTS "

" VOUS ETIEZ SI JEUNES, SI CONFIANTS, SI FORTS, MES CAMARADES..."

LES CROIX DE BOIS - Roland Dorgelès

27.9.10

Derrière le Masque



Pour continuer avec Death In June, voici le film BEHIND THE MASK paru en DVD en 2005. Il s'agit d'une interview en anglais (désolé) de Douglas P. à propos de CRISIS et de DIJ. Film réalisé par Darryl Hell.


10.7.10

Interview de Der Blutharsch: Une nouvelle ère



Cette interview de Der Blutharsch est extraite du dernier Elegy, pour lire la version intégrale il convient donc d'acquérir le N°63 de ce magazine: ICI


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Douze ans après la création de Der Blutharsch, il semble que davantage de personnes parlent de ce projet de manière politique en occultant totalement la musique. Que ressens-tu vis-à-vis de ça ?
Albin Julius : Eh bien, je m’en moque un peu. Quiconque souhaite nous connaître peut s’informer directement et se faire sa propre opinion. De nombreuses personnes qui apprécient notre musique nous contactent régulièrement pour démêler le vrai du faux, et la plupart n’ont aujourd’hui rien à nous reprocher, y compris des leaders du mouvement antifa de Vienne. Je pense que les gens qui ne nous connaissent que d’une façon « politique » n’en ont strictement rien à foutre de la musique, donc au final je ne fais pas attention à eux.

Parlons des débuts du groupe. Est-ce que l’utilisation de symboles ambigus, d’uniformes militaristes et d’une esthétique faisant directement écho au Troisième Reich était un moyen de faire parler de Der Blutharsch ?
A l’époque, j’aimais simplement ce style et cette esthétique, mais nous utilisions aussi des symboles d’autres horizons, par exemple la pochette de WHEN ALL ELSE FAILS est issue d’un poster antifasciste russe et l’artwork de DER GOTT DER EISEN WACHSEN LIEß représente une photo que j’ai prise d’un bâtiment socialiste ici à Vienne. Il est trop facile et réducteur de ne voir qu’une facette de Der Blutharsch. Dans mes disques, je n’ai jamais utilisé de discours de Hitler, contrairement à de nombreux groupes industriels. Par contre, j’ai utilisé des samples de Lénine, mais c’est encore une facette que certaines personnes refusent de voir…

Concernant l’esthétique nazie, celle-ci a progressivement disparu des artworks. T’es-tu senti piégé à un moment ?
Je ne me suis jamais senti piégé par ce que nous faisions. Nous avons arrêté à un certain moment de notre évolution, car nous avions tous d’autres centres d’intérêt, une attitude différente… Et comme je ne suis plus intéressé par ce que l’on appelle neofolk et indus martial, pourquoi devrais-je me plier aux bons vieux clichés ?

Même si elle a disparu, cette esthétique sulfureuse a été à l’origine de nombreux problèmes pour Der Blutharsch. N’as-tu jamais regretté l’utilisation de certains symboles ?
Non, jamais, simplement parce que j’ai toujours su qui j’étais et quelles étaient mes convictions. Beaucoup de personnes ne comprennent pas qu’il s’agit d’un projet artistique qui n’a rien à voir avec la personne que je suis dans la vie. Sur scène, c’est un gros show, de l’entertainment, ni plus ni moins. Lorsque tu vois le nombre de personés choquées par ce que nous avons fait, on se dit que notre démarche artistique a fonctionné.(…)

La musique de Der Blutharsch a changé radicalement au cours de ces cinq dernières années. Est-ce que ton public aussi a changé ?
Oui, On arrive à brasser un peu de tous les genres et certains musiciens se déclarent aujourd’hui publiquement fans de notre musique, ce qui me flatte et me surprend à chaque fois. Nous avons sans doute perdu quelques vieux fans qui pensent que notre premier album est encore le meilleur, mais pour chaque ancien fan perdu, nous avons gagné 10 nouveaux auditeurs… Ce qui m’étonne, par contre, c’est que certaines personnes qui nous suivent depuis le début semblent totalement adorer notre nouvelle orientation et j’ai remarqué qu’elles avaient évolué en parallèle à notre propre évolution, qu’il s’agisse de leurs goûts musicaux ou de leur personnalité.

L’album WHEN DID WONDERLAND END? Semble avoir ouvert une nouvelle ère pour Der Blutharsch, moins instrumentale et plus rock’n’roll, psychédélique et bluesy. Es-tu d’accord ?
Totalement. Je pense que Der Blutharsch a changé au moment où l’entité est passée d’un projet solo à un groupe. Avec l’arrivée de Jörg, nous avons monté le volume des guitares, c’est quelque chose que j’avais toujours voulu. Et comme Jörg est l’un de mes « guitargod» - j’aime sa façon de jouer – je trouve ça plutôt cool. J’ai toujours été quelqu’un de rock’n’roll, depuis le moment où j’ai commencé à écouter de la musique. Le premier disque que j’ai acheté était un vinyle d’Elvis, alors à quoi d’autre fallait-il s’attendre ? Concernant l’évolution de notre son, je pense aussi qu’il y a un lien avec le fait que ma vie a beaucoup changé ces dernières années. J’ai quitté la ville pour vivre dans les bois, je suis bien plus relax et tranquille aujourd’hui.

(…)

Quels sont tes projets pour Der Blutharsch ?
Il y aura tout d’abord la sortie d’un EP avec mes amis new-yorkais de White Hills. Nous travaillons aussi sur de nouvelles chansons, Nico du groupe 7thatSpells devrait y jouer quelques parties de guitare… Ensuite, je vais travailler à la sortie d’un DVD tourné à Prague par la TV tchèque avant de bosser sur un album drone avec 7thatSpells, puis nous allons nous lancer dans un projet commun avec le groupe français Aluk Todolo. J’enregistre aussi avec Geoffroy de Dernière Volonté, on bosse sur un CD, ça devrait sonner electropop. On verra, on a terminé 4 morceaux qui sont plutôt dansants.

Interview extraite de Elegy n°63 mai/juin 2010

26.11.09

Interview d'Ernst Jünger



Interview d’Ernst Jünger par Bernard Pivot, le 13 novembre 1981.

14.8.09

Interview de Paris Violence (2008)


Sept 2008: Nouvel album pour le groupe le plus atypique de l'Hexagone. Sans révolutionner complètement l'univers artistique cher à son créateur Flav, Nous Sommes Nés Trop Tard s'annonce comme un des enregistrements les plus ambitieux de Paris Violence. Interview intégrale de celle parue dans Punk Rawk 39.

La dernière fois que Punk Rawk a abordé le sujet Paris Violence, tu étais en duo avec Spirou. Aujourd'hui Spirou n'est plus là mais deux nouveaux acolytes t'ont rejoint. Peux-tu les présenter ? Que t'apportent-ils ?
Spirou s’est en effet éloigné de Paris Violence depuis deux ans et demie, non pas qu’il ait définitivement quitté le groupe, mais il avait besoin de plus de temps pour ses nombreux projets personnels ; j’espère qu’il reviendra bientôt quand le cœur lui en dira. Son éclipse m’a fait « embaucher » deux amis, Sylvain Villa des Bains et Tony ; le premier est un passionné de darkwave et a permis de pousser plus avant la veine atmosphérique de PV avec ses claviers très années 80. Il est également fan de métal symphonique et a réalisé des intros et des arrangements assez épiques. Tony est le leader de Chaos 83 et joue dans une multitude de groupes, c’est un guitariste et un bassiste de grand talent, qui était tout à fait dans « l’esprit PV » bien avant de rejoindre le groupe. Le line-up s’est stabilisé ainsi, et Sylvain comme Tony resteront dans PV si Spirou revient. Sur le dernier album ont également fait l’honneur de leur participation à la guitare Max et Riton (membres de Urban Crew, Tir Groupé, mais surtout West Side Boys). Tout cela donne au dernier album un son assez nouveau, tout en restant fidèle à notre genre propre. J’ai également pu à nouveau travailler seul sur certains titres, d’autant que j’ai renouvelé mon home studio ; c’est ainsi que j’ai entièrement réalisé le mini album La Tentation du Néant, en formule solo comme aux temps glorieux de Mourir en Novembre ou L’Âge de Glace, mais avec l’esprit PV actuel et surtout une meilleure production.

Le groupe échappe de plus en plus aux étiquettes musicales actuelles. Mais l'esprit du groupe demeure. Comment le définirais-tu aujourd'hui ?
Il y a quelques années, l’expression « Oi !-wave » est apparue pour désigner notre style musical. Ce qui est amusant c’est que depuis un certain nombre de groupes sont apparus qui se sont spontanément réclamés de cette étiquette, ce qui est assez flatteur. Parmi eux, Chaos 83 et Soirée Grisaille sont les plus intéressants, et un split est prévu avec chacun d’entre eux pour très bientôt. PV reste donc un groupe Oi !/streetpunk avec des touches new-wave et metal, pour simplifier, et dont les textes, les thématiques et les atmosphères visent à créer une sorte d’univers particulier, entre spleen parisien, tentation du nihilisme et souffle épique et guerrier.

Peux-t-on parler de groupe concept lorsqu'on parle de Paris Violence ?
Disons que PV se veut un peu un monde à part et a eu une évolution très différente des groupes classiques : du style quatre potes décident de faire de la musique ensemble, répètent en commençant par reprendre des classiques, puis font des concerts, et enfin enregistrent un ou deux disques puis splittent... PV est né différemment, j’ai commencé par enregistrer des morceaux seul sur mon propre matériel, puis ai alterné les périodes solo et les périodes entouré de musiciens ; Paris Violence n’est ni un one man band ni un groupe traditionnel ; pour définir Paris Violence, je dirais que c’est... Paris Violence. En ce sens, on peut le voir comme un concept.

Ton écriture est très référencée. L'instrumentation est par ailleurs très riche (arrangements, instruments variés). On a l'impression que ton style est en perpétuel révolution. Qu'est-ce qui provoque autant de créativité ?
Mes deux occupations principales, à part faire de la musique, sont d’en écouter et de lire. J’essaie d’être le plus curieux possible dans ces deux domaines et d’enrichir mon travail de toute nouvelle source d’inspiration que je peux trouver ailleurs. Les premiers disques se sont ressentis directement de ma passion d’alors pour Céline, En attendant l’Apocalypse reflète mon goût d’alors pour les décadents de la fin du dix-neuvième, Les Mondes flottants ont été composés en période de boulimie de lectures japonaises, sans compter mes lectures historiques et militaires qu’on ressent dans les textes sur le sujet. J’ai par exemple écrit « Bouvines 1214 » en lisant Le Dimanche de Bouvines de l’historien Georges Duby. La liste serait longue… Il en va de même pour les influences musicales, j’essaie d’intégrer tous les sons ou les types d’arrangements qui m’intéressent au fur et à mesure que j’en découvre. Or c’est généralement dans des styles assez éloignés de la oi !, genre par nature peu sujet aux innovations. Mais je dis cela sans généraliser, il y a par exemple une scène oi ! japonaise actuelle beaucoup plus ouverte et innovante que nos scènes européennes.

Malgré son côté atypique, Paris Violence bénéficie d'un soutien sans faille d'une partie de la scène punk française. Comment l'expliques-tu ?
Les débuts de PV ont été marqués par un certain scepticisme général ; je me souviens qu’à l’époque beaucoup de gens ne savaient pas vraiment quoi en penser, mon côté omniprésent dans le groupe et l’absence de live faisaient souvent croire à un « groupe fantôme » ou à un one man band mal déguisé, sans compter que le son et les textes un peu particuliers n’étaient pas familiers à tout le monde ; mais en quatorze ans il a bien fallu que les choses évoluent, les sorties se sont accumulées, les esprits par ailleurs se sont un peu ouverts dans la scène, ce qui a permis d’élargir notre public hors de le sphère étroite des « fidèles de toujours ». Le fait aussi que les diverses influences musicales wave, metal, dark, cold, etc ainsi que la teneur des textes s’éloigne des « lieux communs » punks et skins a permis une certaine audience dans des milieux très différents, comme le milieu goth ou le milieu métal.

Y-a-t-il une thématique derrière Nous sommes nés trop tard ? Que doit-on comprendre dans ce titre ?
Le titre est une référence aux vers de Musset : « Je suis venu trop tard dans un siècle trop vieux / D’un siècle sans espoir naît un siècle sans crainte ». Cette idée de n’être pas né dans une époque capable de satisfaire sa soif d’idéal est devenue la devise du mouvement romantique. Un siècle et demi plus tard, nous sommes quelques uns à partager le même sentiment de dégoût pour la trivialité de notre siècle et l’absence de sens de notre monde contemporain ; ce sentiment de mal-être et d’inadaptation a toujours guidé en filigrane mes textes, mais il est ici plus présent que jamais, dans un titre comme « Postmoderne » par exemple. L’ambiance du disque, à l’image de la pochette, est à la fois épique et souterraine : d’une part, une fascination pour l’ombre et les grandes profondeurs, avec la récurrence du thème de la rivière souterraine ; d’autre part, une dimension martiale et héroïque, avec une tension épique permanente (« Baroud d’Honneur », « A l’Ombre des Immortels ») ; et toujours le sentiment du non-sens de l’existence avec une forte dimension autobiographique (« Série noire », « Jusqu’à la Lie »). Plus discrètement, ce disque a aussi une dimension mystique, voire ésotérique, il est empreint d’une sorte de spiritualité infernale qui transparaît dans une multitude de références gnostiques et hermétiques.

Le disque bénéficie d'une distribution sur le territoire nord américain. Comment est perçu Paris Violence là-bas ?
Grâce à la révolution d’internet d’une part, et grâce au boulot parfait de Combat Rock d’autre part, PV a pu « décoller » à l’étranger depuis quelques années. Nous avons pas mal de fans en Espagne, en Allemagne, en Europe du Nord et de l’Est, et même en Amérique du Sud et au Japon désormais. Le public canadien a toujours été sensible aux groupes français du fait de la langue commune. Les Etats-Unis sont traditionnellement plus réticents envers les groupes du vieux continent, mais peu à peu les ventes commencent à prendre de l’ampleur là-bas. Je crois que les américains voient dans PV quelque chose d’un peu « vieille France » assez exotique pour eux…

Maintenant que Paris Violence est un "vrai" groupe, des concerts sont-ils prévus ?
Toujours pas, PV reste pour l’instant un projet studio, mais encore une fois il ne faut jamais dire jamais ! Tony commence à réclamer du live avec beaucoup d’insistance…

27.6.09

Interview de Front 242



"L'image guerrière est en fait tout à fait relative à ce que l'on peut voir sur les écrans de TV, il y a une certaine violence d'accord, il y a un certain instinct, mais nous on parle d'énergie, de puissance. Je crois que ça fait parti des instincts mâles, on est des garçons, on est des hommes! On a envie de faire une musique instinctivement mâle, sans pour cela que ce soit pré-conçu ou péjoratif."

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